Plaquer son boulot pour changer de vie : Interview de David

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Changer de viePlusieurs personnes de mon entourage ont décidé de quitter leur job pour faire complètement autre chose. Plaquer son boulot pour changer de vie ! Ca fait rêver ! Leur nouvelle vie est-elle cependant à la hauteur de leurs espérances ? J’ai interviewé un ami à moi, David, qui a récemment fait le grand saut, pour en savoir un peu plus sur les étapes qu’il a parcourues avant de se lancer définitivement. Comment est-il passé d’un emploi stable chez Samsung à régisseur dans le cinéma ?

Peux-tu nous parler de ton parcours scolaire et de tes débuts dans le milieu professionnel ?

J’ai eu une scolarité complètement classique. J’ai fait un bac S option math et après je me suis orientée sur une école d’ingénieurs dans l’électronique et l’informatique : l’ESISAR à Valence. C’est une école généraliste en génie électrique. J’ai eu mon diplôme en 2006 avec spécialité télécoms que j’ai étudiée 6 mois en Finlande à Helsinki. « Spécialité » est un grand mot, mais j’avais quelques notions de télécoms en plus que je n’aurais pas eu à l’école que j’ai faîte.

Alors, concernant mes premiers jobs, en sortant de l’école, je me suis déjà fait avoir. Avant d’avoir mon diplôme, je me suis fait recruter par un sorte de boîte d’intérim pour ingénieurs, une SSII, qui m’a promis un boulot sur Lyon. J’ai donc déménagé sur Lyon. Ils ont reculé mon contrat car ils n’avaient pas de job pour moi au final. Vu que je ne savais pas comment ça marchait et que j’étais tout bleu, j’ai accepté jusqu’au moment où ils m’ont dit « soit tu montes à Paris, soit on te vire car on n’a pas de boulot pour toi ». Je suis quand même venu le 1er jour théorique de mon embauche. Ils se demandaient ce que je faisais là. Je leur ai demandé un dédommagement parce que je me suis installé sur Lyon. J’ai eu 3 mois de loyer pour éventuellement déménager et me rembourser mes 3 mois de préavis, et je me suis fait virer au 1er jour de ma période d’essai. Après, j’ai galéré 6 mois en faisant des petits boulots par-ci par-là. J’ai trié des colis à la Poste, j’ai conduit un camion publicitaire, j’ai déchargé des camions. Je regardais quand même les offres dans les SSII ou des grosses boîtes. Est arrivé le moment où je ne pouvais plus payer mon loyer ni rien et on m’a proposé un poste sur Paris. Je suis monté sur Paris travailler pour Alten, une SSII, qui m’a proposé un taff dans une boîte qui bossait pour les télécoms. Je suis donc arrivé à Paris en février 2007.

Que s’est-il passé pour toi ensuite ? 

J’ai continué dans cette boîte pendant 3 ans environ. J’ai ensuite arrêté car je voulais évoluer dans mon travail. Je faisais du service technique et je voulais faire de la gestion de projets. Comme ils n’avaient rien à me proposer, j’ai dû arrêter de travailler chez eux. J’ai fait 10 mois d’inter-contrat, c’est à dire que j’étais chez moi tout en étant payé. J’ai eu cette chance et j’ai aussi un peu profité de la situation. J’attendais qu’ils me trouvent une boulot car c’est leur métier. Au bout d’un moment, ils m’ont proposé une rupture conventionnelle que j’ai acceptée. Et de là, j’ai fait 3 mois de chômage avant de trouver un poste chez Samsung. C’est un chasseur de tête, Michael Page, qui m’a contacté pour me recruter. J’ai travaillé chez Samsung pendant 1 an et demi. Ca faisait quelques années que je me posais des questions sur mon orientation, mon métier d’ingénieurs dans les gros groupes et je me suis vite rendu compte que le travail que je faisais chez Samsung ne me plaisait pas. La description que l’on m’avait faîte du poste était différente de ce que je faisais réellement. En août 2014, je leur ai dit que je ne pouvais plus continuer comme ça.

Quel a été vraiment le déclic de quitter un emploi stable ? 

Le déclic, comme je le disais avant, c’est que je me posais déjà beaucoup de questions. En parallèle de ça, je fais un peu de photos, un peu de vidéos, j’ai connu le monde du cinéma en faisant notamment un peu de régie. La régie c’est l’organisation logistique d’un tournage. C’est quelque chose qui m’a plu durant les quelques occasions que j’ai eu de le faire. C’est au retour d’un des projets où je suis partie 3 semaines sur les routes entre Paris et la Serbie, où j’ai été régisseur général sur un tournage, que je me suis rendu compte que ça me plaisait énormément. Quand je suis revenu au boulot, je me suis dit que ce que je faisais actuellement ne me convenait pas du tout et qu’il fallait que je change. J’avais déjà tout un tas de questionnements avant et c’est à ce moment-là que j’ai eu le déclic. J’avais aussi une piste pour faire autre chose. J’avais trouvé la régie comme métier dans lequel je pourrais tenter ma chance !

Tu n’as donc pas tout plaqué sans savoir où tu te dirigeais ?

J’avais trouvé une voie dans laquelle me lancer. J’ai quand même beaucoup réfléchi à l’aspect financier. J’avais fait des petits calculs dans mon coin. J’ai compté et je compte toujours sur le chômage en attendant car je savais très bien que je n’allais pas pouvoir en vivre de suite. Je savais très bien qu’il fallait passer par des projets bénévoles au départ. En faisant le calcul de tout, j’ai déménagé pour un appartement plus petit au loyer moins élevé. J’ai fait des économies par-ci par-là et en calculant tout ça je me suis dit que je pouvais me lancer là-dedans voir ce que ça pouvait donner.

A quoi ressemble maintenant ta nouvelle vie?

Les journées sont très fluctuantes. Quand je n’ai pas de tournage, je me laisse un peu vivre. Je recherche des annonces. Déjà, j’ai réellement quitter Samsung le 22 décembre 2014. Je pouvais donc à nouveau avoir un nouveau contrat quelque part. Entre le moment de ma décision de partir et le moment où j’ai été viré, ça a pris un peu de temps car je n’ai pas réussi à avoir une rupture conventionnelle. J’ai dû faire un abandon de poste. Début janvier, je me suis déboîtée l’épaule. Du coup, ce n’était pas compatible avec le métier de régisseur de suite. J’ai réellement commencé à chercher du travail mi-mars. A partir de là, j’ai fait tout un tas de petites annonces pour trouver des tournages en tant que régisseur. C’est là où c’est fluctuant. Quand tu cherches, tu es chez toi. En général, tu vas trouver un poste de régisseur pour un tournage qui a lieu dans un mois. Là, tu as toute la phase de préparation. Tu n’es pas à 100% sur le tournage, d’autant plus que tu es bénévole, c’est toujours en fonction du temps que tu as et du temps qu’ont les autres. Une fois que tu es lancé dans la préparation, là ça prend du temps. Tu cours à droite à gauche, pas forcément tout le même jour.

Il y a donc des périodes creuses et des périodes où tu bosses non stop à plein temps ?

Soit tu as l’esprit libre, soit non. Quand tu n’as pas de projet, tu vis un peu au jour le jour à chercher du boulot. Et quand tu as ton taff, tu réfléchis au lendemain, à ce que tu as à faire, au mail que tu dois encore envoyer. Tu n’as jamais l’esprit tranquille. Une fois que tu as passé la phase de préparation, que tu es vraiment en tournage, notamment sur les tournages sans production derrière et très peu payé voire pas du tout, là tu fais des grosses journées qui peuvent aller jusqu’à plus de 15h par jour. Pas tous les jours non plus, mais au minimum 12h par jour. Ca fait des grosses journées !

Ta nouvelle vie te plaît-elle ?

Pour l’instant oui ça me va. Ce que je recherchais c’était ne pas commencer ma semaine le lundi à 9h et la finir le vendredi à 18h, avoir un peu d’imprévus dans ma semaine. Là c’est totalement le cas ! C’est au jour le jour. On peut m’appeler maintenant pour me demander ce que je fais demain à 8h. Je peux très bien partir en vacances dans une semaine et tout annuler 2 jours avant si on m’appelle pour un tournage, d’autant plus si c’est rémunéré. Il faut saisir toutes les opportunités quand tu débutes !

Le fait que le travail soit précaire ne te fait pas peur ?

Pour l’instant non. C’est là que ma vie me plaît car pour l’instant je suis au chômage et également auto-entrepreneur. Le fait d’être auto-entrepreneur m’a permis de pouvoir toucher la moitié de mon chômage théorique. Cette moitié de chômage m’est versée en 2 fois sur 6 mois. C’est une aide, mais c’est à moi de gérer cet afflux important d’argent et tenir toute une année. Pour l’instant je suis donc tranquille même si je travaille sur des projets bénévoles, j’ai quand même de l’argent pour payer mon loyer, manger, etc. Et j’ai un peu d’économies aussi. Ca faisait partie de mon calcul de départ avant de partir de chez Samsung. Je savais que je pouvais tenir tant de temps sans forcément travailler ni forcément compter sur le chômage. Je mets à profit l’argent que me donne le chômage pour travailler sur des projets bénévoles, me faire de l’expérience, me faire des contacts  et pas juste rester chez moi à glander devant la télé. Oui cette vie me plaît parce qu’il y a cette sécurité financière. Je me motive pour faire le maximum de projets pour qu’une fois que je n’ai plus le chômage l’argent que j’ai soit le fruit de mon travail.

On entend de plus en plus de gens qui en ont marre du schéma classique en entreprise et qui ont envie de changer de vie. Ne penses-tu pas que c’est un peu un effet de mode de vouloir plaquer son boulot pour changer de vie ?

Je ne pense pas que tout le monde ait envie de faire ça car chacun a ses priorités. Moi j’ai l’occasion et l’opportunité de le faire, car je n’ai ni femme ni enfant. Je n’ai aucune contrainte matérielle. Je n’ai besoin de m’occuper que de moi. Je gagnais 2400€ nets. Je gagne 2 fois moins maintenant mais ça n’affecte que moi, personne d’autre. Je pense que de plus en plus de gens font ça car ils se rendent compte que c’est possible en voyant d’autre personne le faire. Ils arrivent à plus se prendre en main. Cependant, et sans me prendre pour un super-héros, tout le monde ne peut pas le faire car tout le monde n’a peut-être pas accès à un chômage qui leur permettrait de vivre, d’avoir un appartement décent sans vivre trop loin de leur boulot, ou s’ils ont des enfants, des crédits.

Comment être sûr que ce n’est pas un fantasme mais une vraie envie ?

Tu ne le sais pas tant que tu ne le fais pas. Sauf si tu as une double vie. Par exemple, si tu es impliqué dans une activité dans un milieu associatif en parallèle de ton boulot et que tu as la possibilité de trouver un job dans cette activité-là, tu peux savoir que ça te plaira si tu passais ta semaine à faire ça. C’est un choix que tu fais mais rien ne te dit que ça te plaira plus qu’avant. Il faut essayer. Dans certains cas, tu prends plus de risques à essayer que d’autres. Tant que tu ne le fais pas, tu ne peux pas savoir.

Et si tu te rends compte qu’au final ça ne te convient pas ? 

Je ferai autre chose. Ce n’est pas grave ! Il ne faut pas avoir de regret. Je ne regrette pas tous les boulots que j’ai faits avant. Ca m’a montré plein de choses. Déjà, ça m’a montré des choses que je n’aimais pas et ça c’est déjà bien. Avant de trouver des choses qui te plaisent, c’est une bonne chose de trouver ce qui ne te plaît pas pour éliminer un certain nombre de possibilités par la suite.

Te sens-tu plus libre maintenant ?

Pas encore, non, car je suis toujours en train de prospecter. Je dépends toujours du chômage que j’ai. Le jour où je me sentirai vraiment libre, c’est que je pourrai vivre de mon travail. Je me sens quand même obligé d’accepter tout un tas de projets car j’ai peu d’expériences et peu de contacts pour le moment. J’ai quand même refusé un projet car au niveau humain je ne sentais pas bien les choses et la suite m’a renforcé dans cette décision. Je suis aussi content d’avoir accepté des choses qui ne me plaisaient pas forcément au départ. Il y a toujours un intérêt à se motiver au début à faire les choses. Je ne suis pas libre de choisir exactement ce que je veux parce qu’il faut que je fasse mes preuves. Je dépends toujours de Pôle Emploi donc partant de là je dépends encore de quelque chose comme si j’étais encore chez mes parents qui me donnaient des sous à la fin du mois ! Dans ma tête, je me sens plus libre car je fais quelque chose que j’aime mieux.

Penses-tu que le bonheur est indissociable de la liberté ?

C’est un peu bizarre comme question ! Ca dépend des gens. Certains vont se sentir libre quand on leur dit quoi faire, qui n’ont pas forcément envie de réfléchir. Si on parle de mon cas particulier, je me sens plus heureux maintenant par rapport à mon ancien travail car je ne fais plus ce travail-là, parce que j’ai l’impression que je m’étais trompé de voie. Et là j’ai l’impression que j’ai trouvé ma voie ! Je suis encore en train de tester cette nouvelle voie. Quand tu es dans un métier qui ne te plaît pas, tu te sens prisonnier de lui. Les gens sont heureux car ils font ce qui leur plaît. Le bonheur c’est l’envie. Si tu as envie de faire les choses, tu les feras avec bonheur. On dit toujours que la liberté c’est d’avoir le choix, mais parfois suivant les choix que tu as tu n’es pas forcément plus heureux car ça ne correspond pas à ton choix. Moi j’aimerais bien vivre comme je l’entends, ne pas avoir à travailler etc, vivre comme chez les Schtroumpfs, dans une société basée sur le troc. Là on s’éloigne un peu du sujet, sinon on va parler de capitalisme. Je pense que tu es heureux quand tu as l’envie.

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